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Le modèle de développement souhaité et les défis des « disparités fatales »

Par Dr. Mohamed Mohattane

 

Dans Son dernier discours prononcé le 12 octobre 2018 devant les représentants de la nation, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a appelé, une nouvelle fois, à réviser le modèle de développement national et à concevoir une nouvelle vision de ce modèle qui réponde aux besoins des citoyens et qui soit capable de réduire les inégalités et les disparités sociales et territoriales et d’accompagner les développements enregistrés aux niveaux national et mondial.

Cet appel nous offre l’occasion de participer au débat sur l’importance de ce thème, qui requiert un effort de réflexion et davantage d’action, car il encadre l’avenir et ouvre des perspectives prometteuses pour le Maroc durant les deux ou trois prochaines décennies.

Contrairement à la thèse avançant l’échec total du modèle de développement et économique que le Maroc a adoptédurant les dernières décennies, il faudrait faire preuve de sagesse en faisant prévaloir le principe de « la coupe à moitié pleine », car il s’agit d’une méthodologie qui incite à l’optimisme et à l’espoir, contrairement à l’optique qui ne focalise que sur la coupe à moitié vide, qui sème la frustration et le pessimisme et nourrit le discours du nihilisme et du négativisme.

C’est pourquoi il faudrait être convaincu de la nécessité de voir la coupe à moitié pleine, comme l’avait souligné Sa Majesté le Roi Mohammed VI lorsqu’il avait appelé à mener une réflexion au sujet d’un nouveau modèle de développement économique et social. Le Souverain avait affirmé, en effet,à plusieurs reprises :« le questionnement et l’interpellation de soi-même ne signifient pas le doute, l’hésitation ou l’absence de visibilité. Bien au contraire, notre voie est claire et nos choix sont définis. Nous nous connaissons nous-mêmes et nous savons ce que nous voulons et où nous allons ».  Sa Majesté le Roi avait également précisé que le pessimisme est synonyme d’absence de volonté et d’absence de perspectives et d’une vision réaliste des faits.

Le modèle de développement adopté par le Maroc sous la nouvelle ère a enregistré de nombreux succès et réalisations, mais il a également connu en même temps des échecs, des lacunes et des dysfonctionnements imposés par la dialectique historique de l’étape. En l’espace de vingt ans, le Maroc a pu consolider les acquis, en particulier les acquis de la Marche verte triomphale, qui a été couronnée parla mise à terme à la colonisation dans les Provinces du Sud du Royaume et par la consolidation du processus démocratique ; un processus historique, profond et ambitieuxgrâce auquel le Maroc occupe désormais les premiers rangs des pays en développement démocratiques. Ce modèle de développement a permis aussi, d’autre part, d’améliorer le niveau de vie des familles marocaines, de promouvoir leur ouverture aux valeurs de la modernité et de renforcer les principes d’égalité, de tolérance, de modération et d’ouverture, dans le cadre du respect des constantes historiques et des référentiels religieux du Royaume.

Le Maroc a pu également accomplir des progrès importantes sur la voiedu développement et de l’édificationd’un Etat moderne et ce, grâce à une vision prospective, à la justesse de la réforme du paysage politique et du champ religieux, ainsi qu’à l’efficacité des réformes de développement qui commencent à porter leurs fruits. Ce qui a permis d’assurer une gestion rigoureuse, de dépasser en toute sécurité les chocs géopolitiques qu’a connus la rive Sud de la Méditerranéenne au début du XXIème siècle et de soutenir l’économie nationale pour réduire relativementles effets des crises économiques qu’a connuesle voisinage régional et international.

Cependant, et comme l’annonce le proverbe « nul n’est parfait », toutes les forces vives nationales, y compris l’Institution monarchique, reconnaissent que le modèle de développement actuel a montré ses limites à plusieurs niveaux, notammentéconomique et politique, et a soulevé des problématiques sociales ardues.  En effet, une importante frange de Marocains souffre toujours de pauvreté et de vulnérabilité. 1,6 million de Marocains sont pauvres, soit des personnes dont le revenu ne dépasse pas 10 dirhams par jour, et vivent pour la plupart en milieu rural, car la pauvreté demeure encore un phénomène étroitement lié au monde rural et par excellence auxzones montagneuses. De plus, 4,2 millions de citoyens sont en situation de vulnérabilité, dans le sens où ilspourraient, à tout moment,rejoindre la catégorie des pauvres.

Par ailleurs, Le chômage, en particulier le chômage des jeunes, constitue désormais une problématique structurelle préoccupantequi s’amplifie de manièrecontinue. Les jeunes âgés de 15 à 24 ans souffrent du chômage à hauteur de 26,5% et les titulaires des diplômes en souffrent à hauteur de 17,9%. Ces indicateurs qui se manifestent sur le terrain par les marches de protestationquasi-quotidiennes organisées dans de nombreuses villes et localités rurales, et qui sont instrumentalisées par certains médias et réseaux sociaux pour verser de l’huile sur le feu… D’autre part, cette situation sociale pousse unecatégorie de jeunes à jeter l’éponge en raison d’absence de perspectives, à s’engager dans l’extrémisme et le terrorisme ou à prendre les barques de la mort.

Face à cette situation préoccupante et malsaine du processus démocratique et de développement du pays et aux troubles sociaux potentiels ou aux risques menaçant la stabilité politique dont jouit le Maroc, il est nécessaire de focaliser,dans le cadre du modèle de développement escompté en devenir, sur la nécessité de disposer d’une vision globale du développement.Il ne faudrait pas se limiter et se concentrer sur ce qui est économique quelle que soit son importance, mais faudrait également adopter un modèle de développement fondé sur la préservation de la dignité humaine, qui donne la priorité à la répartition équitable des richessessur toutes les régions et les catégories sociales.

Ce modèle de développement est appelé à accélérer le rythme de croissance de l’économie pour réaliser des taux de croissance élevés en vue d’assurer la création de richesse et de nombreuses opportunités d’emplois, tout en œuvrant àconsacrer une économie libérale, compétitive et loyal, au sein delaquelle l’Etat joue un rôle central en tant qu’encadrant, guide et observateur dans l’objectif de lutter contre les dérapages, tels que la rente ; un rôle encadré par les valeurs de la modernité et de la modernisation.

 

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